La voix de l'Espagne rurale s'est fait entendre avec force à Madrid ce week-end. Des centaines de manifestants, venus de tous les coins du pays, ont convergé vers la capitale pour dénoncer les maux qui rongent leurs villages. Sous la bannière de la plateforme "Salvemos el Mundo Rural Agredido" (Sauvons le Monde Rural Agressé), plus de 500 collectifs ont uni leurs forces pour protester contre ce qu'ils considèrent comme une lente agonie.
Un cri d'alarme contre la destruction du monde rural
La manifestation a mis en lumière une multitude de problèmes : de l'essor de l'élevage industriel et des macro-fermes à l'implantation de centres de données et de projets miniers, sans oublier la menace persistante de la désertification et le démantèlement des services publics. Les manifestants ont exprimé leur ras-le-bol face à ce qu'ils perçoivent comme un mépris constant de leurs réalités.
"Dans les zones rurales, nous avons les mêmes problèmes que dans les villes, mais en plus de tout cela…", a déclaré Pedro Mesa, un habitant de Villarobledo, Albacete, brandissant une pancarte en faveur de la défense de la santé publique comme moyen de lutter contre le dépeuplement.
L'écho des villages oubliés
Des villages tels que Mosqueruela, Villafalé et Taragudo étaient représentés, témoignant de la diversité des territoires touchés. Selon la Délégation du Gouvernement à Madrid, environ 1 500 personnes ont participé à la manifestation. "Être peu nombreux ne nous prive pas de nos droits. Nous demandons simplement l'égalité pour tous, comme le dit la Constitution. C'est simple, le problème, c'est qu'on ne nous écoute pas", a souligné Ernesto Romeo, coordinateur de la plateforme.
Les incendies dévastateurs de l'été dernier, qui ont ravagé plus de 358 000 hectares, principalement dans de petites localités, ont été cités comme un exemple frappant de cet oubli. "Qui va parler des incendies maintenant ?", s'interroge Romeo.
Les bombos du Bajo Aragón, symbole de résistance
Les bombos (tambours) du Bajo Aragón ont clôturé la manifestation, offrant un symbole puissant du cœur battant des territoires ruraux. Leur sonorité a résonné à travers Madrid, rappelant que ces communautés, bien que souvent marginalisées, refusent de se laisser mourir. Les participants ont insisté sur la nécessité de préserver les services publics dans les villages et de refuser d'être traités comme des territoires de sacrifice, où l'on implante des projets industriels indésirables.
La mobilisation a bénéficié du soutien de personnalités politiques locales, comme Tomás Guitarte, ancien député au Congrès, attirant l'attention des médias nationaux sur les revendications des manifestants. L'Espagne rurale a fait entendre sa voix, et il reste à voir si elle sera enfin écoutée.